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Afin d’illustrer l’activité du comité de Patrimoine Gruyère-Veveyse, nous présentons ci-dessous deux affaires qui ont nécessité un engagement important et qui, heureusement, ont abouti à des résultats satisfaisants : l’aménagement de centre historique de Bulle et le chalet du Lapé.


Aménagement du centre historique de Bulle

La ville de Bulle est évaluée d’importance nationale par l’Inventaire des sites construits à protéger en Suisse (ISOS). Le centre ancien de la ville est inscrit dans la catégorie 1 des sites à protéger au sens du plan directeur cantonal. Enfin, selon la réglementation communale, la zone de l’ancienne ville est protégée en tant que site construit de grande valeur historique, artistique et esthétique. Le caractère urbanistique et architectural des éléments qui le composent doit être sauvegardé. Les rues et places sont des éléments du site protégé au même titre que les bâtiments qui le composent. Aussi, la configuration et le revêtement des surfaces doivent être considérés comme des composantes du caractère des rues et places à sauvegarder.

Octobre 2006. La commune de Bulle met à l’enquête publique un grand projet de réaménagement du centre de la ville comprenant, en sous-sol, des infrastructures techniques et, en surface, un nouveau revêtement. Celui-ci serait un revêtement bitumineux uniforme de façade à façade.

Le comité de Patrimoine Gruyère-Veveyse examine le projet et constate qu’il ne peut l’accepter.

24 octobre 2006. Patrimoine Gruyère-Veveyse signifie au Conseil communal de Bulle son opposition au projet :
«Dans le périmètre du quadrilatère originel de la ville situé entre le passage de l’Union et le bas de la Grand-rue ainsi qu’entre le château et l’église, le traitement des surfaces ne tient pas suffisamment compte du marquage historique. Il ne s’agit pas de revenir à la situation de la 1ère moitié du XIXe siècle mais de rendre lisible, par l’usage du pavé sur certains tracés et surfaces, la structure qui fait partie du site.»

Bulle, Grand-rue, vers 1910
© MG-Photo Charles Morel
Bulle, autour du tilleul, vers 1910
© MG-CM-10-15-0166
 

En outre, Patrimoine Gruyère-Veveyse demande que le dernier tronçon visible du mur d’enceinte du XIVe siècle soit intégralement conservé et restauré, ce qui n’apparaissait pas clairement dans le projet mise à l’enquête.

D’autres oppositions parviennent au Conseil communal, dont celle de Pro Fribourg.

29 novembre 2006. Lors d’une séance de conciliation, Patrimoine Gruyère-Veveyse confirme sa demande révision de l’aménagement des surfaces du centre historique.

4 janvier 2007. Le Conseil communal rejette l’opposition de Patrimoine Gruyère-Veveyse.

2 février 2007. Patrimoine Gruyère-Veveyse fait recours contre la décision du Conseil communal auprès de la Direction de l’aménagement, de l’environnement et des constructions (DAEC). Pro Fribourg en fait de même.

Craignant probablement que le programme des travaux soit retardé par des procédures administratives, voire judiciaires, le Conseil communal de Bulle propose à Patrimoine Gruyère-Veveyse et à Pro Fribourg un réexamen du projet «dans le respect du caractère historique» du centre de la ville et les invite à s’associer à la nouvelle étude, sous condition qu’ils retirent leurs recours.

20 février 2007. Patrimoine Gruyère-Veveyse et Pro Fribourg signent une convention avec la ville de Bulle et retirent leurs recours.

Du 26 mars au 25 juin 2007, au cours de six séances, Patrimoine Gruyère-Veveyse, représenté par MM. Jean-Pierre Galley, président, et Denis Buchs, secrétaire, participe activement à l’élaboration d’un nouveau projet avec le Service technique communal et des mandataires spécialisés en urbanisme. A l’appui de ses propositions, Patrimoine Gruyère-Veveyse réunit des données d’archives et surtout un dossier d’une cinquantaine de photographies du centre de Bulle, datant des années 1860 à 1940. Les délégués de Patrimoine Gruyère-Veveyse se plaisent à relever l’excellente coopération avec leurs interlocuteurs tout au long de ce processus qui se termine par l’acceptation du nouveau projet.

Bulle, Grand-rue, 2010
Photo Ville de Bulle
Bulle, devant l’Hôtel de Ville 2010
Photo Ville de Bulle
Bulle, rue du Marché, 2010
Photo Ville de Bulle

Pour Patrimoine Gruyère-Veveyse, le résultat final est jugé tout à fait satisfaisant par rapport à ses objectifs. Les problèmes liés à la circulation et au stationnement des véhicules qui sont apparus après la mise en service n’ont aucun lien avec le changement de projet et trouveront certainement une solution.

 

Le chalet du Lapé : une triste histoire

Le chalet du Lapé est un des 1250 chalets d’alpage du canton de Fribourg. Construit en 1742, il est inscrit en valeur A à l’inventaire cantonal et au plan d’aménagement de la commune de Charmey. Situé au fond de la vallée du Petit-Mont, dans un paysage d’une qualité exceptionnelle, proche de la réserve forestière du Lapé, il se trouve à l’intérieur du périmètre du Parc naturel régional Gruyère/Pays-d’Enhaut. Par son architecture et son intégration paysagère, il fut remarqué très tôt par les photographes et son image a été diffusée par des cartes postales et des publications dès 1900.

Le chalet du Lapé vers 1900
© MG-CM-10-15-1344

Une des caractéristiques de ce chalet «de type seigneurial» est son grand toit à la Mansart qui a toujours été couvert en tavillons. En automne 2006, ce toit a été recouvert en tôle thermolaquée, interdite pour ce type de construction, sans mise à l’enquête et en violation de diverses dispositions légales. Si les propriétaires avaient respecté la procédure ordinaire, ils auraient pu recouvrir le chalet en tavillons en bénéficiant d’un subventionnement de 45%.

Le chalet du Lapé en novembre 2006
© Charly Rappo

De 2006 à 2011, Patrimoine Gruyère-Veveyse s’est engagé pour le rétablissement de la toiture de tavillons du chalet du Lapé, ce qui l’a contraint à agir jusqu’au Tribunal fédéral dans les procédures par lesquelles les propriétaires ont tenté de faire avaliser les travaux entrepris illégalement :

Décembre 2006 Intervention du président de Patrimoine Gruyère-Veveyse dans la presse fribourgeoise.
Mars 2007 Mise à l’enquête par les propriétaires pour faire entériner la couverture thermolaquée.
Patrimoine Gruyère-Veveyse fait opposition, comme la commune de Charmey et Pro Fribourg.
Septembre 2007 Le préfet de la Gruyère refuse le permis de construire.
Octobre 2007 Les propriétaires recourent au Tribunal cantonal contre la décision du préfet de la Gruyère.
Patrimoine Gruyère-Veveyse confirme le maintien de son opposition et se prononce en faveur du rejet du recours.
Février 2010 Le Tribunal cantonal rejette le recours des propriétaires.
Mars 2010 Les propriétaires font recours au Tribunal fédéral contre la décision du Tribunal cantonal.
Patrimoine Gruyère-Veveyse confirme le maintien de son opposition et se prononce en faveur du rejet du recours.
Novembre 2010 Le Tribunal fédéral rejette le recours contre le Tribunal cantonal et renvoie à l’autorité fribourgeoise compétente, la Direction de l’aménagement, de l’environnement et des constructions (DAEC), «d’établir dans quelle mesure il peut être exigé des recourants qu'ils enlèvent la couverture en métal thermolaqué et qu’ils restaurent la toiture avec des matériaux traditionnels».
Patrimoine Gruyère-Veveyse écrit à la DAEC en rappelant l’enjeu et en joignant un dossier photographique et documentaire.
Juin 2011 La DAEC ordonne le démontage de la couverture en tôle, son remplacement par le tavillon et donne un délai au 31 octobre 2011.
Patrimoine Gruyère-Veveyse écrit à la DAEC pour la remercier de sa décision, précisant qu’il ne serait pas opposé à une prolongation de délai pour la remise en état.
Août 2011 La DAEC prolonge le délai au 31.07.2012

L’association Patrimoine Gruyère-Veveyse s’est fortement engagée dans cette triste affaire, malgré les risques financiers qui pouvaient en découler pour elle, parce qu’elle agit depuis longtemps en faveur du patrimoine architectural alpestre. L’acceptation de la couverture en tôle du Lapé aurait constitué un précédent catastrophique pour tout ce patrimoine. Elle aurait contredit et rendu caduques les dispositions légales en vigueur. Elle aurait heurté tous les propriétaires qui les ont respectées jusqu’ici.

Patrimoine Gruyère-Veveyse sera attentif à la mise en conformité de la toiture du chalet du Lapé exigée par la DAEC.

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